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Lettre #2 : Lettre à l’Adulte.

« Depuis quelques mois j’ai un peu laissé tomber tout ce que tu me demandais de faire, comme pour te fuir une dernière fois. Mais je sais que tu m’attends au bout du chemin. »

Salut toi.

Alors ca y est, dans quelques minutes maintenant, j’aurai 27 ans. Vingt-sept ans. Y a pas à dire, que ce soit écrit en chiffres ou en lettres, ca me fait bizarre pareil. Ca me fait me sentir bizarre. Parce que je suis entre deux âges, entre deux mondes. Je veux dire, je sais que je ne suis plus un môme, mais est-ce que ça fait de moi un adulte pour autant ? Le prend pas mal surtout, mais j’espère pas. Tu sais que je ne te porte pas tellement dans mon coeur. Alors oui, c’est vrai, concrètement tu ne m’as jamais vraiment rien fait de mal. Quand j’étais gosse, tu semblais même plutôt cool, plein de promesses et de belles paroles. On te vendait comme la liberté. Et pourtant.

Je me souviens du moment oú on a commencé à me parler de toi. Les années passaient sans que j’aie à m’en soucier, je jouais avec les copains et je faisais toutes les bêtises qu’on est sensé faire bien avant de te rencontrer. Et puis un jour, subitement, j’ai entendu des gens dire des choses à ton sujet. Autour de moi à l’école, j’entendais les mots « orientation », « cursus », « avenir ». Bien sûr, je savais déjà que tu existais, mais j’ignorais qu’on me pousserait à te rencontrer si vite. Alors j’ai commencé à faire n’importe quoi avec ma vie, pour repousser le moment fatidique. Je laissais mes émotions me contrôler pleinement. Quand j’aimais, j’aimais fort. Quand je souffrais, je souffrais fort. Il parait que tout le monde fait ça avant de venir te voir, « la crise d’ado » ca s’appelle. Et il parait aussi que c’est toi qui nous apaise, comme par magie. Moi ca me faisait penser aux animaux qui paniquent avant l’abattoir.

C’est vraiment dans ces années là que je t’ai détesté le plus. Je ne voulais pas te rencontrer, parce que tout ce qu’on disait de toi ne me paraissait plus du tout aussi cool qu’avant. Je me souviens, je me prenais pour Peter Pan, j’avais ma Wendy, ma fée Clochette et mes enfants perdus. Mais étrangement, c’est moi qui avait peur du Crocodile. Et puis un jour, la sentence est tombée, j’ai eu 18 ans. J’ai eu une carte bleu, je me suis inscrit à l’auto-école, je suis allé à la fac, j’ai commencé à gagner de l’argent par moi-même. Tu étais entré dans ma vie. Alors oui, c’est vrai, te rencontrer m’a apporté pas mal de privilèges. Et pourtant, je continuais à te snobber la majeure partie du temps. Pendant des années j’ai fait semblant de bien te connaître, mais je n’étais sûr de rien et l’enfance me manquait. Et puis un jour, j’ai été contraint de partir de chez moi, de quitter l’appartement oú j’avais grandi. Et c’est chez toi que je me suis réfugié.

À partir de ce moment-là on a été proches. J’avais un emploi stable, des responsabilités, ma vie prenait le sens que je voulais lui donner, grâce à toi. Même ces fois oú j’ai fait la fête comme pas permis, alors que je pensais que ces choses ne te concernaient pas, tu étais toujours là à faire attention que je ne dépasse jamais les limites. J’ai appris à t’accepter à mes côtés, j’ai appris à vivre avec l’enfant qui est en moi et avec toi en même temps. Vous êtes les deux parties d’un tout, les deux faces d’une même pièce. Vous êtes ce que je suis et ca me plait de pouvoir choisir de me réfugier dans les bras de l’enfance ou bien décider de marcher à tes côtés comme bon me semble.

C’est marrant parce que je parle de toi, je crois te connaître mais en réalité je ne sais pas à quoi tu ressembles. Quand j’étais petit, tu avais des cheveux longs, une voix cassée et tu fumais des choses bizarres. Puis quand j’ai commencé à te ressembler, tu étais devenu ce qu’on appelle un « jeune actif », tu avais un air plus sérieux mais tu avais encore l’entrain de la jeunesse. Tu changes de visage au même rythme que moi. Et chaque fois tu me montres ce que je ne suis pas encore. Ce qui me rassure, c’est que je te visualise toujours comme j’aimerais que tu sois et c’est toujours ce à quoi tu ressembles quand on se croise. Haha, je crois qu’il n’y a que moi pour comprendre cette phrase, et encore !

Dans quelques minutes, j’aurai 27 ans. Et depuis quelques mois j’ai un peu laissé tomber tout ce que tu me demandais de faire, comme pour te fuir une dernière fois. Mais je sais que tu m’attends au bout du chemin. Je te vois apaisé, content de toi, de ce que tu es devenu. Et pour la première fois, je t’imagine pas tout seul. Il y a une femme avec toi, des enfants même. Maintenant c’est à ça que tu ressembles dans ma tête. C’est à ca que je veux ressembler la prochaine fois qu’on se croisera. Et en attendant, je te promets de faire attention sur la route. Parce que cette fois je dois bien l’avouer, j’ai vraiment hâte de te revoir.

Au plaisir de te retrouver un jour,

Ben

3 commentaires sur “Lettre #2 : Lettre à l’Adulte.

  1. Je suis touchée par la façon dont tu mets en mots ces sentiments envers l’adulte en soi et en tant que concept… ça m’a permis de voir en moi aussi quelle était ma relation avec ce concept et sous quelle forme/énergie il se manifeste concrètement dans ma vie… ^^ Je crois que j’ai encore beaucoup de case à cocher sur la liste de l’adulte accomplie, je crois que j’ai commencé mon processus à l’intérieur, et qu’au fur et à mesure, ça vient se matérialiser en surface.

    « Ce qui me rassure, c’est que je te visualise toujours comme j’aimerais que tu sois et c’est toujours ce à quoi tu ressembles quand on se croise. » : Je vois exactement de quoi tu parles!!

    Je t’embrasse Ben, ton blog et tes textes me font beaucoup de bien ✨

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    1. Ooooh merci beaucoup pour ce commentaire ! Ca me rassure de voir que je suis compris, je t’avoue que quand je l’ai écrit j’avais l’impression que ce que je disais n’avait ni queue ni tête et que personne d’autre ne comprendrait ce que je raconte haha ! Content de voir que c’est pas le cas ! Merci encore, gros bisous 🙂

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