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Récit de voyage #2 : J’ai vécu dans un squat.

Je reviens après plusieurs mois d’absence pour te raconter l’une des expériences de voyage les plus marquantes que j’ai vécu en 2019. Comme tu le sais si tu as lu mon dernier article, mon projet pour l’été dernier était d’aller vers le Nord, au point le plus au Nord de l’Europe à vrai dire, à la pointe de la Norvège. Bien sûr, je comptais y aller en stop, comme toujours, et en profiter pour visiter la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède. Mais ça ne s’est pas passé exactement comme prévu. Et c’est aussi ça que j’aime dans le fait de voyager, les plans changent, on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre.

Je suis parti de Paris au début du mois de Juillet en direction de Lille, mon premier arrêt. La-bas, j’ai eu l’honneur d’être le premier Couchsurfeur d’Eliot, un Lillois habitant dans le quartier de Wazemmes, près du centre ville. Et j’ai eu la chance de passer pas moins de dix jours avec lui et ses amis qui m’ont accueilli comme l’un des leurs, m’emmenant même en week-end dans une grande maison avec piscine à l’occasion du Main Square Festival. A ce jour, Eliot et ses amis restent le groupe m’ayant hébergé le plus longtemps via Couchsurfing, un record dont ils sont fiers. Et c’est après ces dix jours que je me suis remis en route vers la Belgique. J’ai visité Bruges, Gand, Bruxelles, restant entre deux et quatre jours dans chaque ville. J’ ai rencontré Gio, on est allés à un petit festival au cœur de Bruges, on a bu quelques bières belges et vu un spectacle d’acrobates. Puis j’ai rencontré Claas avec qui j’ai fait de la slackline (il en a fait, j’ai essayé de tenir debout plus de cinq secondes). Puis à Bruxelles, c’est Isha qui m’a accueilli. Elle a mené une séance de yoga, on a fait un barbecue avec ses amis qui étaient, encore une fois, adorables avec moi et j’ai assisté avec elle pour la première fois à une séance de cinéma en plein air. Puis elle m’a elle-même déposé à Liège. La-bas, je n’avais aucun hôte prêt à m’accueillir. Mais grâce au bouche à oreille et à l’aide des réseaux sociaux, j’ai entendu parler d’un squat au bord de la Meuse. C’est un peu hésitant que je suis allé y jeter un œil.

Des amis, de la bière, du soleil et une piscine. Que demander de plus ? 🙂

Jusqu’alors, mon image d’un squat n’était pas fameuse. En bon ignorant que j’étais, je visualisais ca de la même façon que beaucoup d’autres, un endroit vétuste rempli de hippies fumeurs de joints, des marginaux sans boulot. Une vision largement influencée par la fiction et les médias. En arrivant devant le grand bâtiment, la devanture donne le ton. Une large banderole avec le nom du collectif écrit à la bombe de peinture, entourée par un drapeau anarchiste et un drapeau LGBT. Mon ignorance était telle que je n’avais même pas conscience de la potentielle politisation d’un squat. Après avoir passé les grandes portes barricadées, je me joins à un petit groupe dans la cour intérieure de l’immeuble, assis autour d’une table de fortune, en train de discuter et couper des légumes. Le fait qu’ils n’aient absolument pas l’air surpris de me voir là m’a déconcerté. Puis petit à petit, les contacts se font, je leur parle de mon projet d’aller jusqu’en Norvège voir le soleil de minuit, eux m’expliquent le fonctionnement du squat et acceptent de me laisser passer deux ou trois nuits ici. Spoiler alert : j’y ai passé un mois et demi. Ils me font alors visiter l’immense batisse, me montrent ou je peux dormir et quelle partie du bâtiment je dois éviter si je ne veux pas prendre le risque de traverser le plancher. Je découvre alors un monde bien singulier, une communauté soudée, accueillante et organisée, bien loin des clichés qu’on peut entendre sur les squatteurs. Dès le premier soir j’ai l’occasion d’assister aux talents musicaux de chacun, ca joue de la guitare, de la clarinette, du saxophone, ca chante et ca rit dans tous les sens. Je comprends bien vite que trois jours ne suffiront pas pour apprendre à connaître tous ces gens et partager leur mode de vie. Les rencontres étant le point fondamental de mon voyage, à quoi bon reprendre la route alors que j’ai toute une communauté avec qui échanger ? Ils ont accepté de me laisser vivre avec eux sans même me poser de question.

La bibliothèque du squat, aussi un lieu de rassemblement.

Avec le temps, je découvre lentement mais sûrement le fonctionnement du collectif, la récup’ de nourriture au marché du quartier en échange d’un coup de main, le roulement pour cuisiner et faire la vaisselle, la présence d’un dressing commun dans lequel chacun (y compris les gens « de l’extérieur ») peut se servir en fringues ou y déposer celles qu’il ne porte plus, mais aussi l’activisme passant entre autre par les actions menées en pleine nuit à visage couvert, les activités ouvertes à tous comme des concerts intimistes, des groupes de parole sur des sujets variés, des ateliers sur la communication non-violente ou encore des projections de films. Et le quotidien est rythmé par les travaux constants pour faire de ce lieu un endroit habitable. Peu à peu, je participe moi-même au bon fonctionnement du squat. J’apprends à colmater les brêches dans les murs, à vernir le bois, je tente de construire des fenêtres en polyméthacrylate de méthyle (t’emballe pas, c’est le nom compliqué du plexiglass), j’aménage certaines pièces comme je le peux pour que la vie soit aussi agréable que possible pour tout le monde. Mais surtout, je créé des liens. La vie en squat, c’est particulier. On est sans cesse entouré, l’intimité est limitée, les rapprochements sont rapides et intenses. La grande ouverture d’esprit dont font preuve les habitants renforce largement cette facilité à partager ses sentiments. A l’intérieur de ces murs, je vivais tout très fort. L’amour, l’exaltation, la joie, mais aussi la colère, la déception et la peine. Ma propre façon d’envisager les relations amoureuses se retrouvait à grande échelle au sein de ce collectif, notamment cette contradiction entre l’idéal d’un amour libre et pluriel et le sentiment de possessivité (à défaut d’un autre mot plus juste) inculqué en partie par la société dans laquelle nous vivons. Il faut trouver le bon équilibre pour ne pas blesser qui que ce soit, même (et surtout) parmi des gens se considérant comme polyamoureux.

La vie en communauté, entre récup’ et sociabilité.

En résumé, ce mois et demi passé à leurs côtés m’a fait grandir intellectuellement et émotionnellement. J’ai une tonne de souvenirs marquants de ce passage à Liège, des souvenirs qui me resteront à vie. Mes nombreuses heures sur le toit à contempler la ville ou les étoiles, les fois ou j’ai dansé sans raison, les repas animés à vingt autour de la grande table du salon, les travaux collectifs, les improvisations musicales spontanées, les dizaines de cagettes de nourriture qu’on récupérait chaque semaine, la satisfaction de voir la maison devenir de plus en plus agréable à habiter au fil des jours, mais surtout cette multitude de moments partagés avec les habitants et les liens qui se sont créés. Et tout ceci n’est encore qu’une petite partie de ce que j’ai vécu entre ces murs, entre ces mondes.

Ben

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